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jeudi 16 mai 2024

L'autre, cet inconnu...

« Faire sans cesse l’effort de penser à qui est devant soi, lui porter une attention réelle, soutenue, ne pas oublier une seconde que celui ou celle avec qui tu parles vient d’ailleurs, que ses goûts, ses gestes, ses pensées ont été façonnés par une longue histoire, peuplée de beaucoup de choses et d’autres gens que tu ne connaîtras jamais.
Te rappeler sans arrêt que celui ou celle que tu regardes ne te doit rien, n’est pas une partie de ton monde. 
Cet exercice mental -qui mobilise la pensée mais aussi l’imagination- est un peu austère, mais il te conduit à la plus grande jouissance qui soit : 
Aimer celui ou celle qui est devant toi, l’aimer d’être ce qu’il est -une énigme-, et non pas d’être ce que tu crois, ce que tu crains, ce que tu espères, ce que tu attends, ce que tu veux.» 
→ Christian Bobin (extrait de « Autoportrait au radiateur »)


 Croquis au stylo d'une maison du village de la Breure
fait par mon père en août 1964.

samedi 13 mai 2023

Les pâquerettes de mon pré

« Le moins absurde, ce sont les fleurs. Elles sont des cris de toutes les couleurs. La moindre pâquerette cherche désespérément à se faire entendre de nous. Sa parole c'est sa couleur... » (Christian Bobin)


« Lorsque la fleur s'apprête à s'ouvrir, c'est avec une telle volonté que, malgré son apparente fragilité, aucune force extérieure ne pourra l'en détourner. » (Rainer Maria Rilke)


« Dans un grain de sable voir un monde et dans chaque fleur des champs le Paradis, faire tenir l'infini dans la paume de la main et l'Éternité dans une heure. « (William Blake)


« Elle effeuillait une pâquerette. Elle maniait cette fleur, d'instinct, innocemment, sans se douter qu'effeuiller une pâquerette, c'est éplucher un cœur. » (Victor Hugo, Les Misérables)

samedi 26 novembre 2022

Christian BOBIN, le poète au cœur d'enfant

Christian BOBIN est mort il y a deux jours, il avait 71 ans. 
J'ai lu plusieurs de ses ouvrages, j'aimais son écriture, j'aimais la poésie de ses mots. 
Je lui rends hommage par ce billet et quelques lignes de ses livres.

La part manquante
« Ce qu'on apprend dans les livres, c'est-à-dire "je vous aime". Il faut d'abord dire "je". C'est difficile, c'est comme se perdre dans la forêt, loin des chemins, c'est comme sortir de maladie, de la maladie des vie impersonnelles, des vies tuées. Ensuite il faut dire "vous". La souffrance peut aider - la souffrance d'un bonheur, la jalousie, le froid, la candeur d'une saison sur la vitre du sang. Tout peut aider en un sens à dire "vous" , tout ce qui manque et qui est là, sous les yeux, dans l'absence abondante. Enfin il faut dire "aime". C'est vers la fin des temps déjà, cela ne peut être dit qu'à condition de ne pas l'être. La dernière lettre est muette, elle s'efface dans le souffle, elle va comme l'air bleu sur la plage, dans la gorge. "Je vous aime." Sujet, verbe, complément. Ce qu'on apprend dans les livres, c'est la grammaire du silence, la leçon de lumière. Il faut du temps pour apprendre. Il faut tellement de temps pour s'atteindre. »


La Lumière du monde
« Quelqu’un m’a aimé, par cet amour j’ai été sauvé de ma vie et du monde. Il m’a semblé que c’était cette lumière que je cherchais étant enfant. Tout d’un coup quelqu’un rassemble toutes ces lumières et me les donne. C’est comme si je posais ma main sur le cœur nu de la vie. Je suis prêt à ce que tous mes livres disparaissent et même le prochain, sauf cette phrase : la certitude d’avoir été un jour, ne serait-ce qu’une fois, aimé, et c’est l’envol définitif du cœur dans la lumière. »

« J'ai une petite boite avec moi qui n'existe pas mais qui ne me quitte jamais. Elle ressemble à ces petites boîtes dans lesquelles les enfants s'amusent à mettre des perles. Dedans, j'ai mis quelques sourires, et parfois je les regarde et ils sont aussi beaux et aussi neufs qu'autrefois. C’est l'amour qui est dans cette petite boîte. Je peux tout perdre mais pas ça. Quand je l'ouvre, je retrouve le vrai sens, la vraie direction, l'unique certitude que je peux avoir. C'est quelque chose de minuscule mais d'indestructible. Je n'ouvre pas souvent cette boîte. Je ne l'ouvre que de temps en temps, pour que rien ne s'évente, mais le regard que j'y jette à cette durée très longue qu'ont les éclairs et j'en ramène un sentiment d'éternité. »


L'homme-joie
« Nos pensées montent au ciel comme des fumées. Elles l'obscurcissent. Je n'ai rien fait aujourd'hui et je n'ai rien pensé. Maintenant c'est le soir mais je ne veux pas laisser filer ce jour sans vous en donner le plus beau. Vous voyez le monde. Vous le voyez comme moi. Ce n'est qu'un champ de bataille. Des cavaliers noirs partout. Un bruit d'épées au fond des âmes. Eh bien, ça n'a aucune importance. Je suis passé devant un étang. Il était couvert de lentilles d'eau - ça oui, c'était important Nous massacrons toute la douceur de la vie et elle revient encore plus abondante. La guerre n'a rien d'énigmatique - mais l'oiseau que j'ai vu s'enfuir dans le sous-bois, volant entre les troncs serrés m'a ébloui. J'essaie de vous dire une chose si petite que je crains de la blesser en le disant. Il y a des papillons dont on ne peut effleurer les ailes sans qu'elles cassent comme du verre. L'oiseau allait entre les arbres comme un serviteur glissant entre les colonnes d'un palais. Il ne faisait aucun bruit. Il était aussi simplement vêtu d'or qu'un poème... Il y a une vie qui ne s'arrête jamais. Elle est impossible à saisir. Elle fuit devant nous comme l'oiseau entre les piliers qui sont dans notre cœur. »

vendredi 19 mars 2021

Un peu de neige et un merle chanteur...


« Un grand musicien est quelqu'un qui donne après plusieurs années de travail ce que donne le rossignol au premier jet de son chant. Il y aura toujours une pluie pour jouer du clavecin ou un merle pour composer une fugue. » (Christian Bobin)

vendredi 4 décembre 2020

Sur le chemin...


« Une des plus fines expériences de la vie est de cheminer avec quelqu'un dans la nature, parlant de tout et de rien. » (Christian Bobin)

dimanche 8 avril 2018

L'art de vivre...

Une petite citation du soir, cela faisait longtemps... :-)

L'art de vivre consiste à garder intact le sentiment de la vie et à ne jamais déserter le point d'émerveillement et de sidération qui seul permet à l'âme de voir.
(Christian Bobin)

lundi 16 novembre 2015

« Quand je n'écris pas... »

« Quand je n'écris pas c'est que quelque chose en moi ne participe plus à la conversation des étoiles. Les arbres, eux, sont toujours dans un nonchalant état d'alerte. Les arbres ou les bêtes ou les rivières. Les fleurs se hissent du menton jusqu'au soleil. Il n'y a pas une seule faute d'orthographe dans l'écriture de la nature. Rien à corriger dans le ralenti de l'épervier au zénith, dans les anecdotes colportées à bras bruit par les fleurs de la prairie, ou dans la main du vent agitant son théâtre d'ombres. A l'instant où j'écris, j'essaie de rejoindre tous ceux-là. »
-> « La grande vie » - Christian Bobin

mardi 6 octobre 2015

Ecrire l'inconsolable...

Photo prise sur le net

« Ecrire l'inconsolable engendre une paix, comme une lampe qui tourne et propose ses ombres chinoises à l'enfant au bord de s'endormir. Quand je pense aux gens que j'aime et même à ceux que je n'aime pas, quand j'y pense vraiment, les bras m'en tombent. La vie s'approche de nous. Elle guette le moment favorable pour frapper puis, à chacun, elle lance : chante, maintenant. Vas-y, chante. Ecris. »
-> "La grande vie" - Christian Bobin

samedi 3 octobre 2015

« Cette vision m'a brisé le coeur »

Photo prise sur le net

« Dans un pré j'ai vu un agneau suivre sa mère au millimètre près. Il n'y avait aucune distance entre elle et lui. Il y en avait beaucoup moins qu'entre des amants de légende. Il venait de naître et n'avait qu'elle pour guide. Elle était ses yeux, son âme, son unique certitude sur la terre. Cette vision m'a brisé le coeur. L'air est entré par la brisure. »
-> "La grande vie" - Christian Bobin.

 

jeudi 1 octobre 2015

« La grande vie »

Aujourd'hui, je suis allée déjeuner avec une amie, une amie d'enfance. Bien que très différentes l'une de l'autre, de par notre personnalité, notre façon de vivre, d'aborder les événements de la vie, nous avons toujours autant de plaisir à nous retrouver, une sensibilité commune je pense. Nous ne rabâchons pas nos souvenirs d'enfance, nous sommes dans le présent et dans l'écoute mutuelle.

Après le déjeuner, nous avons circulé dans le rayon livres d'un magasin, une habitude que nous avons, aimant autant l'une que l'autre lire. J'ai acheté "La grande vie" de Christian Bobin. Sur l'une des premières pages, une phrase qui m'a parlé et qui m'a décidée à l'acheter : « Ceux qui nous sauvent de notre vie ne savent pas qu'ils nous sauvent. » Je vous en mettrai des extraits.

Un éclair vient de zébrer le ciel noir, en face. Le tonnerre a suivi. L'orage approche...
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mardi 3 mars 2015

A bonne distance...

« Le malheur c'est que, si vous réussissez à attraper un solitaire, vous le perdez : il n'est plus seul. Ce qui brillait autour de lui commence à s'éteindre. Les vers luisants sont fascinants dans le ciel plein d'herbe des bas fossés. Dans le creux de la main, ils n'ont presque plus de charme et ne donnent qu'une lumière pauvre, avare.
Certaines choses et certains êtres ont besoin de la distance qui les sépare de nous, et que cette distance demeure infranchissable. Ils y puisent leur nourriture. »
-> Christian Bobin

dimanche 23 novembre 2014

un amour et une mort

« Deux choses nous éclairent, qui sont toutes les deux imprévisibles : un amour et une mort. C'est par ces événements seuls qu'on peut devenir intelligents, parce qu'ils nous rendent ignorants. Ces moments, où il n'y a plus de social, plus de vie ordinaire, sont peut-être les seuls où on apprend vraiment, parce qu'ils amènent une question qui excède toutes les réponses. »
-> Christian Bobin

lundi 3 décembre 2012

Johann Sebastian Bach et Christian Bobin

La très belle musique de J. S. Bach joliment illustrée, et un conte de Christian Bobin (montage trouvé sur Youtube). Ecoutez, regardez, lisez... C'est beau...


Un homme arrive au paradis.
Il demande à un ange, à son ange, de lui montrer le chemin qu'ont dessiné ses pas sur terre, par curiosité.
Par enfantin désir de voir et de savoir.
Rien de plus simple, dit l'ange.
L'homme contemple la trace de ses pas sur cette terre, depuis son enfance jusqu'à son dernier souffle.
Quelque chose l'étonne parfois, il n'y a plus de traces.
Parfois, le chemin s'interrompt et ne reprend que bien plus loin.
L'ange dit alors : Parfois votre vie était trop lourde pour que vous puissiez la porter. Je vous prenais donc dans mes bras, jusqu'au jour suivant où la joie vous revenait, et alors vous repreniez votre chemin.
(Christian Bobin - « La vie passante »)
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