J'ai essayé de me remémorer la voix de mon père, je n'y suis pas arrivée. Il est vrai que j'étais bien jeune lorsqu'il est parti, et que cela fait déjà bien longtemps (plus de quarante ans).
J'ai pensé alors à ma mère, je me suis dit : elle, je vais sûrement me souvenir de sa voix. Mais je me rends compte que sa voix, dix ans après, commence à faiblir, commence à s'évanouir. Cela me rend triste quelque part...
Alors je me dis : et mon frère, alors, et sa voix ? Et là, je suis heureuse, car j'entends sa voix, j'entends son "coucou, c'est Jean", lorsqu'il me téléphonait. C'est vrai qu'au téléphone, on est plus focalisé sur la voix. Mais j'ai peur de l'oublier sa voix, à lui aussi... Alors, régulièrement, je me la remémore, je me concentre et j'écoute ces mots "coucou c'est Jean", "bonjour, p'tite soeur", pour qu'elle s'imprègne bien, et qu'elle ne s'évanouisse pas elle aussi.
Pouvoir entendre la voix de l'autre juste en y pensant, avoir la voix en soi, comme si elle faisait partie de nous, c'est si agréable, parce qu'alors cette voix si connue et si chère nous accompagne de partout, elle est en nous.
