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lundi 15 octobre 2012

Texte inspiré du tableau "Automate" de Edward Hopper

Suite à une idée de The Bluebird qui est : « Choisir une toile d'Edward Hopper, inventer et raconter sur votre blog l'histoire qui, selon vous, s'y rapporte », je me lance !!! et j'accepte évidemment les critiques !... :-)

Edward Hopper - « Automate »

Elle entre dans la salle, souriante, gracieuse, s'installe à une table et commande un café. C'est une femme amoureuse, à n'en point douter, elle rayonne. Comme elle a de la chance de l'avoir rencontré, son "prince charmant", comme elle aime le dire. Cela fait tout juste un mois qu'ils se connaissent, mais il lui semble qu'ils se connaissent depuis toujours. Le hasard les a fait se rencontrer, heureux hasard, et cela a été le coup de foudre. Ils se sont vite aperçus qu'ils avaient plein de choses en commun, plein de choses à partager, plein de choses à se dire. Enfin, c'est surtout lui qui parle. Elle aime l'écouter, elle boit ses paroles. Elle l'admire tellement, il connaît tellement de choses. Elle est comme une enfant, émerveillée par ce qui lui arrive, c'est un cadeau du ciel.

Elle regarde sa montre. 20h10. Il est légèrement en retard, ce n'est pas très grave, pense-t-elle. Et elle continue à rêvasser.

"Viens vivre avec moi, ma belle. Tu verras, comme je t'aimerai", lui a-t-il dit la dernière fois. Elle a ri alors, et lui a dit qu'elle trouvait qu'il était peut-être un peu tôt pour envisager de vivre ensemble. Elle avait trouvé qu'il était alors bien pressé. Mais elle avait réfléchi, depuis, et puis, oui ! elle avait décidé de dire oui ! La prochaine fois qu'il lui poserait la question, sûrement ce soir, elle dirait "Oui ! je viens vivre avec toi, mon amour". Elle le suivrait n'importe où, elle l'aimait tant ! Elle ne pourrait dorénavant plus se passer de lui, elle le savait, elle l'attendait depuis tellement longtemps. 

L'heure tourne. Il est déjà presque 21h00. Bientôt une heure de retard... Cela ne lui est encore jamais arrivé d'avoir tant de retard. En principe, c'est lui qui arrive toujours le premier, et elle arrive juste quelques secondes après. Serait-ce un signe ? Non, elle se dit qu'il a dû avoir un imprévu, une urgence, il a beaucoup de travail en ce moment, lui a-t-il dit, il ne va sûrement pas tarder à arriver.

Elle commande un autre café. Mais son visage a changé. Son teint si rose est devenu blafard. Sa pâleur est accentuée par la lumière blanche du néon. Son regard, si joyeux tout à l'heure, est devenu inquiet. Elle tourne la cuiller dans sa tasse, régulièrement, comme un automate. Elle n'arrive plus à penser, l'angoisse l'a saisie. "Que se passe-t-il ? Que lui est-il arrivé ?" Et impossible de le joindre, elle ne sait même pas son nom ! Quelle idiote, elle ne sait même pas son nom ! S'il ne vient pas ce soir, comment pourront-ils se revoir ? Ils changent de lieu de rendez-vous chaque fois. Elle sent des gouttes de sueur couler sous ses aisselles, elle a subitement très froid, des frissons glacés parcourent son corps. Elle enfile son manteau qu'elle avait négligemment posé sur la chaise, en arrivant, ce joli manteau vert qu'elle avait acheté en pensant à lui, le vert étant sa couleur préférée. Elle met son chapeau, elle ne veut pas qu'on la regarde, qu'on la voit, elle se sent trop mal et elle a l'impression que tout le monde a les yeux braqués sur elle, et l'observe. 

Le temps passe. Il ne viendra pas... elle le sait, maintenant. Pourquoi n'est-il pas venu à ce rendez-vous ? L'a-t-elle blessé l'autre soir, lorsqu'elle a ri alors qu'il lui demandait de tout quitter pour partir avec lui ? Elle ne se moquait pas de lui, mais c'était sa façon à elle de réagir lorsqu'elle était émue et troublée. Elle est désemparée, elle a envie de pleurer, comme une petite fille. Il ne viendra pas, non, il ne viendra plus. Elle le sait, mais elle n'arrive pas à partir, elle est comme clouée sur sa chaise, inerte, sans vie, vidée de son âme...

21 commentaires:

  1. Je viendrais lire ton texte demain, mes yeux sont fatigués...
    Hopper est l'un de mes peintres préférés et je suis comblé car j'ai pu voir l'expo au Grand Palais. Bonne nuit Françoise, bises.

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    1. Tu passes quand tu veux, Louis-Paul :-)
      Oui, j'imagine bien que tu aies été comblé d'avoir pu voir l'expo au Grand Palais.
      Bonne fin de soirée à toi. Je t'embrasse.

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  2. Essai transformé, Françoise, bravo et merci d'avoir joué. Tu transcris vraiment à merveille ce qu'on ressent après avoir reçu ce coup de massue qu'est une rupture inattendue, après avoir appris qu'on a été joué.

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    1. C'est moi qui te remercie, The Bluebird, je l'ai fait avec grand plaisir :-)
      Belle soirée à toi.

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  3. Tu m'as transporté dans l'histoire imaginaire de ce tableau :-)) Merci...
    Bizzz, Laure
    http://ptitesphotosdelolo.blogspot.fr/

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    1. J'en suis ravie, Laure. Merci à toi ! :-)
      Gros bisous.

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  4. Je me suis régalée à te lire ma Françoise. Tu as pénétré et décrit cette scène avec un vrai regard et beaucoup de talent.
    Tu me redonnes presque l'envie d'écrire, de voyager avec mes mots dans ce magnifique tableau, juste pour le plaisir ...
    Merci ma Françoise ...

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    1. Coucou ma Fanzesca, merci d'être passée ! :-)
      Ah oui, tu devrais écrire à nouveau, ma belle, car tu as un immense talent. Pourquoi ne le ferais-tu pas à partir de ce tableau... juste pour le plaisir... :-)
      Bonne fin de soirée, et douce nuit à toi, Fanzesca. Je t'embrasse très fort.

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  5. Bonjour Françoise,

    Le texte qui suit je l'ai écrit il y a quelques temps déjà , mais il colle aussi au tableau de Hopper

    Il m'attend...

    Comme tous les matins il m’attend.
    J’aime le retrouver dans ce brouhaha, dans cette ambiance chaleureuse et enfumée.
    Là où les regards se cherchent, les voix se fracassent contre d’autres, toutes elles parlent de solitude, quelques unes d’amour.
    Car là où il m’attend ,c’est le rendez-vous des clandestins, des égarés dans la nuit de leur vie, qui cherchent inlassablement un peu de chaleur humaine, quelqu’un à qui parler, à dire ces mots enfouis au fond d’eux et qui souvent ne peuvent se dire qu’en criant après avoir pris le courage dans quelques verres d’alcool.
    Il m’attend, moi j’aime m’asseoir un peu à l’écart mais proche du comptoir, pour entendre tous ces murmures, ces brèves, ces histoires qui souvent ne font rire que celui qui les formule.
    Et puis tout au fond de la salle, ces couples qui évitent les regards, trop noyés dans les yeux de l’autre, qui sans mots se disent des choses essentielles, qui par un geste, une main qui vient chercher celle de l’autre ,se caressent et se montrent leur désir d’appartenir à l’autre, de faire fusion.
    Il m’attend, c’est mon petit plaisir du matin avant que le monde ne bascule dans l’effroyable machinerie du quotidien.
    J’ai besoin de lui pour me donner la force et l’énergie.
    Mais aussi pour me dire que dans quelques heures je serai dans ses bras.
    Ah qu’il est bon le petit café du matin.

    Bonne fin d'après-midi, je t'embrasse.

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    1. Bonsoir Elisanne,
      Merci d'avoir déposé ce texte ici, c'est un joli cadeau, et qui va, en effet, à merveille, avec la peinture d'Edward Hopper.
      Belle fin de soirée à toi, et douce nuit. Je t'embrasse, moi aussi.

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  6. J'ai "craqué" moi aussi pour la belle idée de The Blue Bird!
    Bises Françoise.

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    1. Et tu as eu raison, Louis-Paul. Je vais aller te lire ! :-)
      Bises à toi aussi, et bon après-midi.

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  7. Je viens de vous lire tous les trois, The Bluebird, Louis-Paul et toi ,

    Bravo ! jolie idée ! vous avez du talent ! et j'adore cette peinture !

    Je t'embrasse Françoise , à bientôt

    Ce soir, grosse panne d'électricité...j'ai contemplé mes petites flammes de bougies toute la soirée...reposant...

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    1. Merci, c'est gentil, Noëlle :-)
      Une petite veillée éclairée aux bougies, ce devait avoir son charme :-)
      Bonne soirée, Noëlle. Gros bisous.

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  8. C'est une belle idée. S'inspirer d'un tableau pour écrire une histoire.

    Ton essai est très réussi.

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  9. Etonnant de tomber ici en cherchant à connaitre Edward Hopper et ce tableau de l'automate.
    Il y a 6 heures, je ne connaissais rien de ce peintre et voilà qu'au cours d'un atelier d'écriture, la proposition était d'écrire un texte à partir d'un tableau de Hopper.
    J'ai choisi celui là :)

    Premier exercice du genre, j'ai adoré.
    Moi aussi je l'ai fait attendre après un prétendant qui n'est pas venu.

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    1. sourire... C'est gentil, Cécile, d'avoir choisi celui-là :-)
      Peut-être que d'autres toiles inspireront d'autres textes. A suivre... :-)
      Bonne soirée à vous et merci ! :-)

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    2. sourire... Je me rends compte que j'ai mal interprété votre commentaire, hier soir, Cécile... :-)
      Vous avez donc écrit, au cours d'un atelier d'écriture, un texte à partir de ce même tableau de l'automate ? J'aimerais lire votre texte... :-)

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    3. « Mince, je me suis encore cassé un ongle … »

      Charlotte s’en aperçut en enlevant son gant pour saisir la tasse chaude de café que le serveur venait de lui apporter.
      Charmant d’ailleurs ce serveur, pensa t-elle.

      Comment allait-elle faire pour polir cet ongle cassé ?
      Elle allait encore filer un de ses bas si elle ne faisait rien, c’était sûr.

      Charlotte pensait à cela et en même temps, les yeux rivés dans sa tasse de café, son esprit commençât à s’éloigner de la main «dégantée» et donc de l’ongle.

      Elle regardait la mousse du café aller et venir à la surface. Certains s’amusent à trouver des formes aux nuages. Charlotte aimait lire les messages de la mousse du café. Aujourd’hui il lui racontait un paysage. Une immense plaine avec un arbre au milieu. Un petit mouvement de la tasse et le vent se lève, détachant un morceau de mousse qui s’envola pour venir se nidifier sur l’arbre. Quelques tempêtes plus tard, l’arbre n’existait plus, peu de choses résistent au temps.
      D’un coup de cuillère, instrument du destin, Charlotte fit apparaitre des herbes folles qui montaient anarchiquement vers le ciel noir. Elle pouvait mettre un terme à cette anarchie, mais elle ne le fit pas. Reposant la tasse sur son socle, elle laissa les herbes à la dérive, celles-ci bougèrent encore un peu pour finir par se figer. Elle retint son souffle, un sourire doux s’installa sur ses lèvres. Le calme après la tempête pensa t-elle. Elle ferma les yeux, goûtant ce moment comme s’il lui appartenait. L’espace d’un instant elle était cette tasse de café, sereine, immobile, pleine et chaude. Elle se nourrissait de cette sensation en parfaite contradiction avec ce que ses sens percevaient : le froid qui venait caresser ses jambes, l’agitation qui régnait dans la rue et ce ventre qui grouillait.
      Dieu ce qu’elle avait faim !

      Elle regarda de nouveau la mousse, plissa les yeux concentrée. Avec un peu de chance, s’il apparaissait dans la mousse peut être qu’il viendrait pour de bon.
      Elle leva la tête et regarda la carte.
      Elle se mordit les lèvres.
      Il y avait du lapin au menu.

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    4. J'aime beaucoup, Cécile, vraiment beaucoup ! Et pour finir, le (coup du) lapin au menu ! Bravo ! :-)
      Merci d'avoir bien voulu mettre si gentiment votre texte. :-)
      Bonne soirée à vous, et bon dimanche.

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