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mercredi 5 mars 2014

« Eloge de la faiblesse » - Alexandre Jollien

Un livre que je viens de lire et qui m'a fortement intéressée et parlé, sûrement par rapport à l'histoire de mon petit-fils.

« Il est vrai que les difficultés rencontrées peuvent devenir formatrices et qu'un homme possédant un peu de bon sens en tirera plus de profit qu'en consultant les ouvrages pompeux de bien des spécialistes de l'éducation. La difficulté aguerrit, stimule, elle oblige à trouver des solutions. A ce sujet, on m'a raconté que souvent des enfants de même handicap progressent différemment selon le cadre familial et chacun peut le constater. Je me souviens que l'on critiquait âprement une mère. Cette dernière, faisant confiance à son fils, l'avait laissé prendre le train seul malgré sa démarche qui l'apparentait plus à un automate qu'au commun des mortels. J'imagine qu'elle ne l'avait pas quitté de gaieté de coeur.
On a vu des mères qui, par amour, ne s'éloignent pas de leur enfant d'une semelle. L'amour peut constituer un frein au progrès, comme le mépris. S'il enferme, il étouffe les capacités de l'enfant. Je ne parle que de mon expérience personnelle que je ne tiens pas à généraliser. Simplement, je remarque que la confiance a été vitale dans mon parcours. » (p. 34)

« Inconsciemment je percevais et comprenais que ma présence était pour beaucoup de personnes associée à un échec, un accident. J'incarnais pour eux une sorte de souffrance qui les culpabilisait. Ils se rendaient presque coupables de mon handicap. Je jouais le rôle d'une mauvaise conscience.
A plusieurs reprises, j'ai constaté que lorsque je traverse un groupe de personnes, elles se taisent, prennent un air compassé, un peu comme on soulève son chapeau au passage d'un corbillard. Puis derrière moi, les bavardages reprennent. S'agit-il d'un réflexe ? Je l'ignore. » (p. 48)

« Je me rappelle toujours cet esprit rebelle à qui j'adressai ma salutation habituelle : "Sois sage." Un jour, il me répondeit à brûle-pourpoint : "Et toi, marche droit !" Cela me procura un plaisir extrême. Il m'estimait pour moi-même et n'avait pas pris les pincettes que prennent ceux qui me sourient béatement quand, à la caisse, je paie mon paquet de spaghettis aux herbes. Il y a des sourires qui blessent, des compliments qui tuent. » (p. 45)

« Eloge de la faiblesse », Alexandre Jollien.
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14 commentaires:

  1. Il fait partie des personnes qui m'ont insufflée ma force il y a quelques temps et dont je me rappelle aisément le combat dans mes coups de mous. On devient paradoxalement fort et mature dans la différence, même si on ne la souhaite pas. Au final, j'oserai presque dire que la maladie de mon fils fut salvatrice pour moi et lui a évité des écueils d'une banalité affligeante. Un passage du livre m'avait profondément marquée, quand il décrivait la plénitude de cette jeune rwandaise sans bras ni jambes durant une séance aquatique.. Le bonheur là, pas avant ni après, mais là, sans exclure le combat et les projets, sans oublier l'apprentissage du passé. Et ETRE :) bonne journée bises

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    1. En ayant lu son ouvrage, et je compte bien en lire d'autres, je comprends qu'Alexandre Jollien t'ait insufflé tant de force, Avalon. C'est une personne qui "est", justement, sans fards, sans hypocrisie, il "est". Et son témoignage est très riche. J'ai d'ailleurs envie d'acheter ce livre en plusieurs exemplaires et de l'offrir, tant j'ai aimé ce qu'il dit et aimerais le partager.
      Bonne soirée, Avalon. Bises à toi aussi. :-)

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  2. Je ne connais pas. Tes citations me donnent envie d'en savoir davantage.
    Merci Françoise, bises :)

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    1. En plus, Philippe, c'est un petit livre qui se lit très vite. :-)
      C'est moi qui te remercie. Bises à toi aussi, et une bonne soirée.

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  3. Moi aussi j'ai envie en savoir davantage: ces textes sont passionnants et peuvent s'appliquer à autre chose qu'un handicap; on peut extrapoler. merci Françoise pour cette présentation en extraits qui vaut mieux que de grandes phrases. On sent la substance du livre. Bisous

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    1. Oui, Lison, les textes d'Alexandre Jollien peuvent s'appliquer à autre chose qu'un handicap, ils sont vraiment très intéressants. Ils me parlent beaucoup. Je pense acheter prochainement son dernier livre qui s'intitule : "Petit traité de l'abandon", j'en ai lu des extraits, et je sais d'avance qu'il me plaira autant que celui dont je parle sur ce billet.
      Belle fin de journée à toi, et de gros bisous.

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  4. la rencontre avec Pozzo di Borgo est aussi particulièrement intéressante...

    http://www.youtube.com/watch?v=h0YdnvkBFj0

    (bien mieux que le film intouchable .....)

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    1. (sourire) Oui, Alain, je la connais, je l'avais postée ici en décembre 2013 : http://enviedenparler.blogspot.fr/2013/12/de-chair-et-dame.html
      Tu l'avais même commentée :-) C'est Anne, ma prof de Ti Kong qui me l'avait fait connaître. Oui, une rencontre particulièrement intéressante.
      Bonne soirée à toi et merci de ta visite. :-)

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  5. Bonjour Françoise. Merci pour ton commentaire sur mon blog. J'ai lu tous les livres d'Alexandre Jollien. Passionnant et qui nous fait voir une autre dimension sur le regard que nous devons porter sur les autres. Nous avons été touchés par le handicap de notre petit-fils en 1991.Bonne journée

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    1. Bonsoir Lauriza. Vous aussi, vous avez donc été touchés par le handicap de l'un de vos petits-fils ? C'est vrai que cela sensibilise énormément, j'en sais quelque chose. Bonne soirée à toi, et bon week-end.

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  6. Ton billet me rappelle " La parenthèse inattendue " au cours de laquelle je découvrais Alexandre Jollien...Quel exemple...un vrai grand homme dont on doit s' inspirer quand on est en souci...
    Depuis j' ai lu " Le philosophe nu " ..Le " Petit traité de l' abandon " est un petit bijou..
    Amitiés Françoise

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    1. Les deux livres dont tu parles, Mathilde, je les lirai certainement, car j'aime ce qu'écrit Alexandre Jollien, et je suis sûre que ces deux livres me plairont également.
      Merci de ta visite et une bonne fin de soirée.

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  7. Idem ! ce roman et surtout ce personnage mérite d'être connu. Un très beau moment de lecture.

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    1. Bonsoir Philippe, et merci de votre visite.
      Oui, un très beau moment de lecture.

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Merci pour vos petits mots que j'apprécie infiniment.